Depuis une dizaine d’années en France et bien avant dans d’autres pays, l’agriculture urbaine est l’objet d’expérimentations et d’initiatives portées par des institutions ou des associations. En passe de devenir une composante courante de l’aménagement et de la programmation urbaine, elle pose nombre de problèmes et de défis aux acteurs de la fabrique urbaine. Plusieurs études et recherches en ont proposé un paysage, des typologies et des évaluations quant à leur apport sur les plans sociologique ou alimentaire. En revanche, de nombreuses questions demeuraient du point de vue de l’aménagement urbain : quelles surfaces et dimensions accorder à cette activité dans un projet ? Comment compenser ou valoriser le foncier qu’elle occupera ? Quel type de culture et de filière agro-alimentaire privilégier ? Quels types d’exploitation ou d’exploitants choisir pour intégrer un fonctionnement urbain ? Ces questions, qui présentent un intérêt commun pour la recherche comme pour les opérateurs de l’aménagement dans le Grand Paris, sont au coeur d’un programme de veille et de recherche animé, principalement entre 2020 et 2025, par la Chaire.
© Émilie Balteau, 2023

Émilie Balteau, 2023 

Au plus près des acteurs, Emilie Balteau, sociologue et réalisatrice, post-doctorante à la Chaire en 2021-2022, choisit l’audiovisuel pour donner, littéralement, à voir et à entendre l’envers du décor de ce qu’il se passe entre l’aménagement et l’agriculture dans deux projets emblématiques : la Ferme de l’Envol, ferme de maraichage mise en œuvre par la SPL Air 217 et la CA Cœur Essonne ; le parc des Docks de Saint-Ouen.
Autour des deux films documentaires réalisés, des acteurs de l’aménagement réagissent et témoignent de leurs expériences.
Plus en détail, les deux films documentaires réalisés par Emilie Balteau

Épisode 1 : L’envol

58 min

Ce film s’intéresse au projet de création de la Ferme de l’Envol, dans le contexte de la reconversion de la Base 217, sur le territoire de Cœur Essonne Agglomération, à 30km au sud de Paris. Le film suit les acteurs (institutions, aménageur, agriculteurs, clients, …) qui tâchent d’organiser la ferme pour répondre à différents enjeux : transition écologique, lien social, équilibre économique, etc.On découvre les multiples facettes de cette organisation concrète, qui marque la rencontre entre monde urbain et monde agricole, entre les mains dans la terre et les doigts sur le clavier. La vision de l’aménageur pour ce territoire se croise aux réflexions des maraichers qui tentent d’inventer in situ une nouvelle forme d’agriculture urbaine en situation d’aménagement.
Émilie Balteau porte une analyse sur son travail documentaire https://metropolitiques.eu/L-Envol-Filmer-les-premiers-pas-d-un-projet-d-agriculture-periurbainep.html

 

Épisode 2 : L’enracinement

53 min

L’enracinement nous plonge au coeur d’un exemple concret d’agriculture négociée au cœur d’un projet urbain, revendiquée et pratiquée par ses habitants, maintenue par une commune aux périls des divergences politiques. Un compte rendu sans concessions qui laisse la parole aux acteurs et à leur vécu.
Ce film raconte le maintien compliqué de jardins agricoles, dans un nouveau quartier, à Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) où la pression pour construire et aménager est très forte.
Les témoignages y sont francs et dénués de complaisance, pointant aussi bien les points positifs que négatifs. Contexte social et économique, réalités et enjeux politiques ou encore relations aménageur/agriculteur, aucune question n’est éludée.

Ouvrage : L’agriculture urbaine en aménagement 

Dans la continuité du web-document, l’ouvrage L’agriculture urbaine en aménagement (ou cet ouvrage) propose une synthèse des enseignements sur la manière de monter et de mettre en exploitation une agriculture productive en aménagement. Il présente en particulier 5 phases clés des projets d’aménagement : l’initiation, la planification, la programmation, la mise en œuvre et la mise en exploitation.

À retrouver sur le site Le Moniteur

 

Ida Kasdi, Taoufik Souami, 2025

Dans une approche d’économie territoriale classique, les aménageurs urbains ont pour rôle de mettre à disposition des ressources potentielles (foncier, infrastructures, équipements) que les industriels, les manufacturiers et les artisans activent comme des facteurs de production. Ils sont, dans ce cadre, extérieurs à la fonction productive. Les retours d’expériences de projets urbains intégrant des agricultures productives et non plus mémorielles ou paysagères montrent que les aménageurs activent par eux-mêmes les ressources en agissant sur la qualité des sols, les choix de cultures et de produits, la réalisation des infrastructures de production. Les aménageurs développent des procédés d’activation et deviennent protagonistes de la fonction agricole productive.

Joe Nasr, 2015

Toronto, comme beaucoup d’autres villes, a connu l’émergence rapide de groupes de citadins engagés dans l’autoproduction alimentaire au sein même de la ville. Dans ce contexte, la question des impacts réels de l’agriculture urbaine dans la ville suscite un intérêt croissant : jusqu’où peut elle avoir une contribution significative à l’approvisionnement urbain, quels types de soutiens pourraient aider à augmenter cette contribution ?

Atelier M2 Environnements, 2020-2021 urbains : Modes d’organisation de l’agriculture urbaine sur des fonciers temporaires ou pérennes en Ile-de-France

Le questionnement mené par les étudiants autour de l’agriculture urbaine tout au long de cet atelier permet d’en retenir une définition. Il s’agit d’agricultures localisées dans ou à proximité des villes, surtout en lien fonctionnel étroit avec la ville à travers des produits et des services qu’elles rendent à cette dernière. La conduite de cet atelier s’appuie sur des échanges menés auprès de 7 porteurs de projets (Bergers Urbains, Merci Raymond, etc.), d’acteurs publics (SAFER, Grand Paris Aménagement) et privés (Eiffage aménagement).